Hier 07h00 - Marie-Laure MATHOT, JEAN-CHRISTOPHE HERMINAIRE - L'Avenir 


Mendier, un geste agressif? Pas vraiment. Mais il est souvent ressenti comme tel. Et interdire renforce ce sentiment.-ÉdA – Florent Marot

Cacher ses mendiants, Namur n’est pas la seule ville à le tenter. Même si la mendicité est légale depuis 1993, les Communes ont trouvé le moyen de la restreindre.

Mendier est légal en Belgique. En 1993, la loi qui organise la répression du vagabondage et de la mendicité a été abrogée. Les mendiants ne devaient donc plus être enfermés. Mais très vite, certaines Communes ont voté des règlements restrictifs: interdiction de mendier avec un chien, d’interpeller les gens, de mendier avec des mineurs d’âge ou encore d’entraver la progression d’un passant. Au nom de l’ordre public, de la sécurité.

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En 1997, Bruxelles a carrément tenté d’interdire la mendicité. Le but: en finir avec les réseaux organisés. Mais tous les SDF étaient touchés par la mesure. Le Conseil d’État a fini par casser cet arrêté, le jugeant disproportionné. Dès lors, certaines Communes ont trouvé le moyen de contourner l’interdit en limitant la mendicité à certaines périodes ou dans certains lieux.

En juillet 1999, l’idée de «tournante» est lancée à Liège. Il est autorisé de mendier mais seulement dans certaines rues en fonction d’un jour précis et les SDF doivent s’abstenir le week-end. En 2012, une mesure autorise l’arrestation du mendiant qui enfreint le règlement pour la 3e fois.

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Mais la pauvreté n’a, en soi, ni l’envie ni les moyens de se déplacer au gré des horaires autorisés. Pas plus d’argent pour se payer le bus que d’éventuelles amendes. Alors, dans les faits, il s’agit moins de «bouger» les mendiants que de pouvoir agir contre les dérives qui «agacent» riverains et commerçants. Ceux qui s’incrustent, s’enivrent, invectivent, se battent. La mendicité est l’intime d’autres problèmes: précarité, toxicomanie… Les villes s’attaquent à des «comportements», plus qu’au phénomène en lui-même.

Voici comment ça se passe dans les différentes villes wallones et bruxelloises:

LIÈGE
Pour une clope

Liège a été à l’initiative dès 1999. Une idée de Dehousse: faire «tourner» les mendiants, dans différents quartiers, selon les jours, les heures.

On n’interdit pas la mendicité. On «l’organise». Et ça marche? Pas vraiment, on l’admet. La mendicité demeure en grande partie en centre-ville mais, au moins, «on reste dans le point d’équilibre». La police est «armée» juridiquement, les services sociaux s’impliquent. Demeyer a durci le règlement en 2012: à la troisième récidive, arrestation administrative. Un SDF en a fait les frais en avril, pour une clope demandée à une passante. Indignation citoyenne. Une pétition a suivi.

CHARLEROI
Moins de tracas 

 

 

Charleroi a adopté, en 2013, la solution liégeoise de faire «tourner» les mendiants. La ville a mis en place un comité d’accompagnement qui réunit, tous les deux mois, police, associations, commerçants, riverains… «C’est clair qu’on ne règle pas tous les problèmes avec ça mais la situation s’est améliorée à Charleroi», estime un responsable communal.

Bien sûr, ni la pauvreté, ni la mendicité n’ont disparu de la métropole. «Ce n’était pas le but d’interdire la mendicité. Le gros problème, c’était la sédentarisation et on constate qu’ils se déplacent plus. Certains ont quitté le centre-ville. Il y a moins de plaintes.»

  TOURNAI
Marche arrière 

Tournai, comme d’autres villes, a rêvé d’écarter les mendiants. Mais une proposition du collège PS-MR permettant l’arrestation, en cas de récidive, des gens qui mendient aux abords des commerces (en plus des cas d’ivresse et des chiens non-tenus en laisse) a finalement dû être retirée.

 

La mobilisation des associations était telle que l’arrêté n’aurait pas résisté devant le Conseil d’État. Marche arrière, donc, de Paul-Olivier Delannois, le bourgmestre faisant fonction. Mais les associations craignent qu’il n’ait pas changé d’avis, même si, selon elles, la mendicité à Tournai reste un problème… marginal.

  ANDENNE
Pris à temps 

«Nous avons un mendiant professionnel, bien gentil, et qui émarge d’ailleurs au CPAS. On le laisse tranquille. Je l’ai encore croisé vendredi», raconte Claude Eerdekens, le maïeur d’Andenne, qui applique chaque année, pour les trois mois d’été, un règlement anti-mendicité.

«Il vise les bandes organisées de l’Est, qui déposent des gens à qui on a cassé bras et jambes. C’est de la traite des êtres humains, un scandale. C’est ça qu’on veut écarter», affirme le bourgmestre. «Un règlement préventif, pas curatif». Efficace? «Ici, ce n’est pas comme à Namur où la situation s’est généralisée faute d’avoir pris le problème à temps.»

DURBUY
Nul problème 

On peut être une ville très touristique, et attirer plutôt les vacanciers flamands ou hollandais que les SDF et les mendiants.

Ce serait donc le cas, à Durbuy, où il n’existe pas de règlement visant la mendicité puisque, explique le bourgmestre Philippe Bontemps: «Ce n’est pas un problème chez nous. On n’a pas de règlement communal, dit-il,

parce que, franchement, on n’en a pas besoin. C’est vraiment très occasionnel. Cette année, j’ai eu deux fois le cas de soi-disant sourds. J’envoie la police et ils disparaissent aussi vite.» La mendicité n’est donc pas autorisée pour autant. Pas plus que les passoires sur la tête…

 HUY
Une tournante? 

Aujourd’hui, le règlement général de police de Huy stipule que le mendiant ne peut pas troubler l’ordre public ou la sécurité, ne peut pas être accompagné d’un animal agressif ou «susceptible de le devenir» ou ne peut pas être accompagné d’un mineur d’âge.

Un règlement plus spécifique est en cours de confection, informe le bourgmestre Christophe Collignon. « L’idée serait d’instaurer une tournante pour trouver le juste équilibre entre droits humains et sentiment d’insécurité.» Car le bourgmestre socialiste craint que l’interdiction sur Namur ne vienne reporter le problème sur sa ville.

 WAVRE
Interdite si… 

Dans la commune de Wavre, il est interdit de mendier avec agressivité, d’entraver la progression des passants, de mendier sur les routes, de mendier à proximité des bornes de paiement situées dans les parkings communaux ou de mendier le long des façades des commerces entre 8 h et 18 h… Bref, il ne reste plus beaucoup d’opportunités pour tendre la main.

« Nous avons peu de problèmes à ce niveau-là», explique la bourgmestre faisant fonction Françoise Pigeolet. «On privilégie le respect des personnes et le dialogue. Depuis qu’on a mis en place ce règlement, on n’a plus eu de plaintes à ce sujet. »

Source: L'avenir