Alors que le Conseil de l’Europe vient de publier un rapport au vitriol sur la ségrégation scolaire en Europe, la Belgique n’est pas épargnée par ce phénomène. Patrick Charlier, le directeur du Centre interfédéral pour l’égalité des chances (UNIA), s’en prend surtout à des attitudes qui creusent des écarts au sein d’un système scolaire déjà parmi les plus discriminatoire.

Enfants handicapés, enfants des gens du voyage, migrants ou réfugiés, enfants déscolarisés sont les victimes de cette discrimination à l’école en Europe. En Belgique, l’école passe à côté de son rôle «d’ascenseur social», d’après les résultats des études PISA qui démontrent que nos établissements scolaires figurent parmi les plus discriminatoires. Et ce, tant du côté francophone que néerlandophone.

«L’écart entre les meilleures écoles et les moins bonnes compte parmi les plus élevés. On remarque une concentration dans des écoles d’élèves qui ont des difficultés d’apprentissages, économiques, des difficultés liées à l’origine, au statut social ou autres», note le directeur d’UNIA Patrick Charlier.

Juste répartition

Des écoles d’élites, d’autres d’exclusions. Ce triste bilan pointe la mauvaise répartition de la population scolaire belge. Certaines écoles sont désertées, tant par les élèves que les professeurs.

«Ça entraîne un ‘turnover’ important et ces changements récurrents d’effectifs engendrent un manque de stabilité pour ces écoles et leurs enseignements», regrette le directeur de l’institution qui préconise notamment l’usage d’incitants pour motiver des professeurs expérimentés à y officier. «À l’image de ce qui se pratique dans certains établissements à discrimination positive qui fournit des moyens complémentaires ou promet la prise en charge de classes plus petites.»


Belga / J. JACOBS

Une loi carrée, des attitudes à changer

Le dispositif anti-discrimination du droit belge est relativement complet. «En cas de discrimination évidente sur un des critères protégés, nous disposons d’outils pour pallier aux problèmes», se réjouit M. Charlier qui souligne toutefois quelques bémols. «Il y a beaucoup de contentieux, même judiciaires, où des enfants avec un handicap sont refusés car des écoles refusent de réaliser des ‘aménagements raisonnables’.»

Si les preuves sont tangibles dans ces situations, les discriminations liées à d’autres critères (origine, statut social, port de signes convictionnels, etc.) restent compliquées à prouver. Malgré des précautions prises notamment par le «décret Inscriptions», des sélections sont encore opérées. «Des règlements d’ordre intérieur excluent à eux seuls certains élèves par les règles qu’ils dictent. Des parents sont découragés de placer leurs enfants à certains endroits. Des coûts d’activités extrascolaires sont brandis pour dissuader certains profils d’enfants pour certaines écoles.»

Certes, la loi est carrée mais des mentalités restent à changer à l’heure où de nombreuses attitudes ségrégationnistes sont encore observées dans toutes les classes du pays.

Le Conseil de l’Europe donne ses recommandations

La ségrégation à l’école est «une des pires formes de discrimination» en Europe, dénonce le Conseil de l’Europe dans un rapport très critique publié hier. «Elle sape clairement les futures perspectives d’emploi et de salaire de nombreux enfants et adolescents. Et elle est justifiée par les gouvernements européens par les nombreux blocages de la société», soutient Nils Muiznieks, le commissaire aux Droits de l’Homme. Les États ont l’obligation de lutter contre la ségrégation à l’école, mais la réalité est très différente. Nils Muiznieks préconise 12 mesures, réclamant notamment la force de la loi qui doit être «explicite». Le commissaire letton réclame par ailleurs l’interdiction du recours à des tests comme outil de sélection dans les établissements scolaires, et préconise des évaluations des besoins des élèves. Il suggère aussi d’affecter les meilleurs enseignants dans les établissements les plus difficiles.

Source : Metro - Gaëtan Gras - 13 septembre 2017