BELGIQUE  Ce mercredi, les entités fédérées paraphent un accord sur les métiers en pénurie. Trente mesures vont être instaurées. Au menu : fiscalité, formation et gestion des offres. Entre autres… Au regard du leitmotiv du gouvernement Michel depuis octobre 2014 - le fameux "jobs jobs jobs"-, les 140 000 emplois vacants affichés font carrément tâche…
Concertation avec les Régions retrouvée
Pas étonnant, donc, que le Premier ministre Charles Michel ait fait de la résolution du problème des métiers en pénurie " sa priorité numéro 1 ". La première pierre à l’édifice sera posée demain en Comité de concertation. Ledit comité devrait en effet entériner les travaux de réflexion entamés il y a quelques mois et parapher un "jobs deal", sous la forme d’une série de 30 mesures destinées à trouver des solutions sur les plans régionaux et fédéral. C’est au niveau des Régions, compétentes en la matière, que l’essentiel des mesures se concentre.

Pour faire simple, le Comité de concertation s’est accordé sur 4 axes de travail : une meilleure orientation des politiques publiques, le renforcement du rôle des opérateurs de placement et de formation, le renforcement du rôle de l’enseignement et des dispositifs d’alternance et "last but not least", l’appel aux partenaires sociaux. Si l’appel à l’aide du G10 risque d’être diversement apprécié (lire ci-contre) - le service minimum et la pénibilité en matière de pensions ont crispé les relations… - la cohérence semble acquise sur papier entre entités fédérées. Le Comité de concertation, nous dit-on à plusieurs sources, y compris syndicales, est devenu "un véritable organe de discussions, où l’on peut faire avancer les dossiers". Ce serait donc le cas avec les métiers en pénurie, où la priorité sera donnée aux Régions, avant de mettre en œuvre les mesures ressortant aux compétences du fédéral et enfin les mesures dites croisées, qui concernent tant les Régions que l’Etat fédéral. " Parce que les mesures doivent se renforcer mutuellement, avec cohérence ", relève la note qui sera soumise demain à paraphe, qu’un vent favorable nous a fait parvenir.

Dès demain, des groupes de travail thématiques, "inter-entités", plancheront sur l’impact budgétaire des mesures proposées, même si un premier filtre, "de bon sens", a déjà été appliqué. La mise en œuvre des mesures devrait s’étaler au cours des prochains mois. Certaines peuvent rapidement être instaurées, car elles ne collent pas à une année civile et ne requièrent pas de gros travaux parlementaires. Certaines mesures fiscales, en revanche, pourraient ne démarrer au plus tôt qu’en janvier 2019.

Le fiscal et parafiscal en tête
Et concrètement ? Il y a des mesures fiscales et parafiscales, d’abord. Par exemple, l’exonération complète des cotisations patronales dans le cas de formations en alternance, que l’apprenant ait 18 ans ou pas. Mais aussi des primes allouées par les Régions au bénéfice des demandeurs d’emploi suivant avec succès (et à son terme) une formation dans un métier en pénurie. Les investissements des entreprises dans des infrastructures de formation et d’éducation seront aussi partiellement exonérés. Notons également, parmi la bonne dizaine de mesures fiscales, l’exonération de toute cotisation ONSS personnelle ainsi que des primes régionales "alternance" pour l’ensemble des stagiaires en formation en alternance.

Si la thématique des investissements est assez peu développée, c’est aussi parce que… le Pacte national d’investissements lancé en 2016 se finalise et interférera donc forcément avec ce "jobs deal".

La formation recueille une petite dizaine de mesures de soutien également. Notons entre autres l’extension du crédit-temps formation de 36 à 48 mois en vue de se former aux métiers en pénurie, ainsi que le gel de la dégressivité pour les demandeurs d’emploi qui participent à un parcours de travail et de soin.

Enfin, la gestion des offres d’emploi et une meilleure anticipation des besoins en emploi sont un autre gros chantier. L’évaluation des efforts réels des entreprises en matière de formation est ainsi au programme. Enfin, on trouve aussi des mesures pour une meilleure mobilité des travailleurs et… un appel à la concertation sociale ! Le gouvernement veut mobiliser les partenaires sociaux dans le cadre de la conclusion de l’accord interprofessionnel (AIP) 2019-2020 pour, entre autres, augmenter l’accueil d’apprenants en entreprise et définir des objectifs d’embauche de groupes cibles comme les personnes peu qualifiées, les personnes immigrées et les travailleurs âgés.

Aux manettes du dossier ces prochains mois : Charles Michel lui-même et Kris Peeters, ministre de l’Emploi (CD&V).

En quelques chiffres

Emplois vacants . Il ne se passe pas une semaine sans qu’un membre de la "Suédoise" ne mette en exergue le nombre de créations nettes d’emplois depuis le début de la législature, suite aux mesures prises depuis (baisses de cotisations sociales, réductions de charges patronales, etc.).

A ce jour, le compteur est arrêté à 185 000 emplois créés sur les 4 dernières années. Dans ces conditions, l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail tempère l’enthousiasme général sur le front de l’emploi en Belgique.

D’abord 140 000 emplois vacants, c’est deux fois plus qu’il y a 4 ans.

Ensuite, la Belgique est, d’après les toutes dernières statistiques d’Eurostat, championne d’Europe des emplois vacants. Avec un taux d’emplois vacants de 3,5 %, la Belgique fait figure de mauvaise élève, au vu de la moyenne dans l’Union européenne, qui s’inscrit à 2 %.

Enfin, cerise sur le gâteau, serait-on tenté de dire, le spécialiste des ressources humaines Manpower vient de publier une étude cette semaine montrant que la problématique des métiers en pénurie touchait une entreprise sur trois.

Source : Lalibre - Publié le