En deux bonnes semaines, 2 500 personnes ont déjà visité l’expo «Zoos humains, l’invention du sauvage» à Liège.

«On ne naît pas raciste, on le devient.» L’adage souvent répété par l’ex-footballeur français Lilian Thuram prend tout son sens, lorsqu’on se penche sur l’histoire des zoos humains, auxquels une exposition est consacrée depuis mi-septembre à la Cité Miroir, à Liège. Quelque 2 500 personnes l’ont déjà visitée. La thématique est porteuse, mais la forte personnalité de Lilian Thuram, dont la fondation est à l’origine de l’expo, n’y est sans doute pas pour rien.

Les zoos humains demeurent assez méconnus. Pourtant, ils ont fait florès pendant cinq siècles, à partir de la découverte du nouveau continent par Colomb en 1492. On estime à 1,4 milliard le nombre de spectateurs qui ont assisté à ces exhibitions d’êtres humains, organisées dans les théâtres, les cirques, les foires, les cabarets, les zoos, les jardins d’acclimatation et les expositions universelles.

Leur point d’orgue a duré de 1810 à 1930, grosso modo. Les États-Unis et nos pays européens en ont été particulièrement friands. Contrairement à une idée reçue, on n’y observait pas que des Noirs, mais aussi des Amérindiens, des Asiatiques et même certains groupes européens.

«Jouer au sauvage»

Surtout à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, on demande à ces étranges créatures de «jouer aux sauvages», dans de véritables enclos. Le public paie et se presse pour vibrer face à tant d’exotisme.

Les zoos humains se trouvent évidemment à la croisée de plusieurs chemins: ceux de la colonisation, de l’avènement de théories «scientifiques» sur les races et l’évolution des espèces. Ces événemements-spectacles mettant en scène les «sauvages» brassent également de l’argent. Buffalo Bill a fait son beurre sur le mythe de la conquête de l’Ouest. Les imprésarios se sont enrichis, à force de dégoter des «spécimens» humains des plus curieux.

Stéréotypes persistants

On a construit le sauvage, pour confirmer la supériorité de l’homme blanc et justifier ce qui en résulte: la colonisation, la domination, etc.

Encouragés tant par les autorités que par l’appât du gain, les zoos humains ont évidemment mis en scène, de façon très peu fidèle, la vie des peuples forcés de venir s’exhiber. Le racisme – parfois ordinaire – d’aujourd’hui en résulte, avec tous les stéréotypes qui y sont associés. Citons quelques exemples persistants: l’odeur des étrangers, les performances sexuelles des Noirs, la roublardise des Maghrébins, les mœurs barbares, etc.

Le succès des zoos humains s’est étiolé après la Première Guerre mondiale. Ils ont disparu durant les années 1930, mais continuent de vivre à travers les représentations qui y ont été construites.

 

Source : vers l'avenir  - Benjamin HERMANN - L'Avenir