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« The Queen of Silence » est une co-production de Chili Productions, Majade et HBO Europe, réalisée par Agnieszka Zwiefka et Heino Deckert. Cadencé par la musique, ce documentaire met en image quelques fragments de vie d’une jeune rom roumaine, sourde, qui oppose à un destin tourmenté par la pauvreté et l’exclusion une vitalité, une curiosité et une détermination à toute épreuve. « The Queen of Silence » est sorti en Belgique en mars dernier, lors du Festival International du Film Documentaire (Millenium), et sera bientôt diffusé sur nos écrans.

Denisa, 10 ans, réside avec sa famille dans un bidonville en Pologne. Les Roms faisant collectivement l’objet de discrimination à travers l’Europe, cette petite communauté de parents et d’enfants peine à survivre au cœur de la ville.  Atteinte de surdité diagnostiquée tardivement, Denisa n’a jamais appris à parler mais sait incontestablement se faire comprendre. Passionnée par le monde Bollywoodien, elle s’exprime au travers du plus universel des langages : la danse. Lorsqu’elle danse, Denisa semble s’échapper dans l’imaginaire de son propre univers, et tout à la fois vigoureusement exister dans le monde réel et les réalités de son quotidien.

La famille de Denisa vit une situation similaire à celles de millions d’autres Roms à travers le continent, que plusieurs siècles de stigmatisation ont contraint à subsister dans des contextes d’extrême précarité. Une précarité d’autant plus tenace et chronique que les processus historiques d’altérisation des Roms ont amené à ce cette pauvreté avant tout structurelle suscite l’incompréhension, l’irritation, voire la haine, des populations non-Roms. D’année en année, la prolifération d’explications visant à justifier le dénuement matériel et l’isolation des communautés Roms a permis de légitimer non seulement la négligence à leur encontre, mais aussi la violence et un traitement général comme citoyens de seconde-zone.

L’un des apports précieux du documentaire est qu’il propose une nouvelle perspective sur la situation des Roms en Europe, en approchant la dureté de leur quotidien au travers du regard des enfants. Au-delà de ce que cet angle de vue a d’hautement instructif, il apparaît aussi très clairement que, tant pour les parents que pour les enfants, la famille est une richesse et une source vitale de résilience. L’enseignement est de taille, puisqu’il replace la très institutionnalisée « question rom » au cœur des questions hautement plus universelles d’humanité, de dignité et de survie. Plus largement, en illustrant le quotidien de quelques familles, « The Queen of Silence » parvient à poser un regard humain et bouleversant sur l’une des plus grandes injustices de l’Europe actuelle, révélant l’incohérence, les effets et les enjeux d’une citoyenneté européenne à géométrie variable.